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Le Jugement Dernier - Rogier van der Weyden (1443-1451)

Aujourd'hui, je vous parle de l’impressionnant polyptyque « le Jugement Dernier » du peintre flamand Rogier van der Weyden, réalisé pour la chapelle des Hospices de Beaune.

L’œuvre est attribuée à Roger van der Weyden, qui l’a réalisée entre 1443 et 1451, années de

fondation de l’hôpital et de la consécration de la chapelle à laquelle elle était destinée.


Nicolas Rolin (que l'on voit sur la peinture de droite, par Rogier van der Weyden) le commanditaire, avait une quasi-obsession quant à la salvation de son âme et celle de sa femme Guigone de Salins. Chancelier de Philippe le Bon, Nicolas Rolin utilise sa position politique et nobiliaire pour doter la ville d’Autun d’un hôpital, les Hospices de Beaune, avec l’aval du pape Eugène IV en 1441. Le Chancelier Rollin commande également des œuvres le mettant en scène, comme cette Vierge du Chancelier Rolin de Jan van Eyck (à gauche, vers 1435) et surtout le polyptique grandiose qui est au cœur de cet article.



Sur les volets du polyptyque fermé, Saint Sébastien et Saint Antoine sont figurés en grisaille simulant des statues. Les deux saints ont été choisis car ils ont tous deux des vertus guérisseuses : Saint Sébastien est le saint invoqué contre la peste mais aussi comme intercesseur contre les épidémies en tout genre. Quant à Saint Antoine, en plus d’être également invoqué contre la peste, il est connu pour aider à soigner les maladies de peau et le feu de Saint Antoine. Sur les volets extérieurs, le commanditaire Nicolas Rolin est agenouillé à gauche alors que sa femme Guigone de Salins est agenouillée à droite. Dans la partie haute, l’ange annonciateur à gauche dialogue avec la vierge Marie à droite.


Une fois ouvert lors des célébrations liturgiques, le polyptyque dévoile un ensemble de 9 panneaux figurant le Jugement Dernier. Jésus figure au centre, au dessus de l’Archange Saint Michel pesant les âmes. Dans la partie basse, les âmes damnées sont emportées en Enfer sur la gauche du Christ alors que les âmes sauvées sont escortées aux portes du Paradis par un ange sur la droite du Christ. Dans la partie médiane, les apôtres, saints ainsi que Marie et Saint Jean-Baptiste flanquent le Christ.


Nous voyons maintenant les motivations derrière le choix du thème du Jugement Dernier en contexte funéraire grâce à un bref tour d’horizon des précédents qui auraient pu influencer la composition de van der Weyden. En effet, le thème du Jugement Dernier est par exemple visible sur le tympan (de style gothique, réalisé par le sculpteur Gislebert au XIIe siècle) de la porte ouest de la Cathédrale Saint Lazare d’Autun. Il est suggéré que Nicolas Rolin, pendant son enfance, aurait pu s’imprégner des enterrements et de la sortie des défunts par cette même porte Ouest qui donnait directement sur le cimetière et sous le tympan duquel étaient récitées des prières. Bien que Rogier n’ait pu voir ce tympan, on pourrait supposer que Rolin ait souhaité, pour le polyptyque, une composition calme, contrôlée, ordonnée et horizontale comme celle de Saint Lazare et en ait émis les idées à l’artiste.


Rolin est d’autant plus impressionné par l’office et la messe des morts qu’il demandera que des messes soient dites deux fois par jour dans la chapelle, messes introduites par le Requiem Aeternam. En reprenant les textes bibliques de Jean (5 :25-29, 11 :21-27), on voit que l’accent est mis sur le retour des bonnes âmes d’entre les morts, comme Lazare. Ainsi, c’est cet espoir que le Chancelier Rolin, par sa commande, met au service des mourants, s’assurant par la même occasion du salut de son âme.


Sur l’image ci-contre, nous voyons la salle des Pôvres ainsi que la séparation en boiserie qui sépare les lits de la chapelle qui accueillait le polyptyque du Jugement Dernier. Ainsi, il est possible de se rendre compte de l’agencement de la salle et de mieux appréhender la vision que les malades, voire les mourants, pouvaient avoir du polyptyque. Comme mentionné précédemment, le polyptique restait fermé pendant les jours de la semaine avant d’être ouvert le dimanche. Cependant, par son agencement frappant et son thème parlant aux hommes qui s’apprêtent à rejoindre Dieu, la composition intérieure reste inoubliable et les observateurs peuvent encore sentir le regard de l’Archange Saint Michel sur eux, les soumettant à son jugement.


Les rideaux, les panneaux à ouvertures intermittentes ainsi que la séparation symbolique des deux lieux (lits/chapelle) contribuent à l’amplification du mystère liturgique qui s’opère de l’autre côté. Il faut s’imaginer qu’au XVème siècle, les patients de l’hôpital y venait pour mourir. En effet, le 1er mort date du 10 janvier 1452, soit neuf jours après l’accueil du premier patient aux Hospices de Beaune. Pour faciliter les funérailles, la salle des Pôvres donnait sur une infirmerie dans laquelle le défunt était préparé avant de sortir par une porte de l’infirmerie menant directement au cimetière.


Si nous mettons en lien la peur de la mort et de l’enfer de la part du chancelier Rolin, le thème du Jugement Dernier qui invite les vivants à se repentir pour accéder au Paradis, le contexte sociopolitique qui explique le nombre important de morts ainsi que la place essentielle de l’Eglise dans la vie quotidienne, nous pouvons comprendre davantage comment la liturgie se met au service de l’animation de l’image. Dans le cas du Polyptyque du Jugement Dernier, l’hôpital est le terrain propice pour mettre en place un impetus liturgique qui marquera les esprits des observateurs par une série d’ouvertures et fermetures du polyptyque sur fond de messes à messages profonds (Requiem aeternam dona eis. Domine : et lux perpetua luceat eis avec Libera me en répons).


Les images peuvent être animées par des effets de profondeur, de perspective ou bien par le choix de placement dans un lieu. Par cet exemple, nous voyons que l’image peut également s’animer si elle est insérée dans un contexte liturgique qui la met en mouvement par l’addition d’éléments externes comme le texte et pourquoi pas la musique ou la lumière.



Sources: Barbara G. Lane, « ‘Requiem aeternam dona eis’: The Beaune ‘Last Judgment’ and the Mass of the Dead », Simiolus, 19/3 (1989), pp. 166-180.

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